Mistral disait: «Qui tient la langue tient la clef qui de ses
chaînes le délivre». Notre langue à nous,
elle s’effrite, se lézarde, se métisse, nous
sommes à la perdre. Est-ce à dire que nous sommes
condamnés à la servitude éternelle? La question
est de taille, mais vous admettrez avec moi qu’il faudrait une
forte dose d’optimisme pour y répondre dans la
négative absolue. Plus réaliste qui admettrait que dans
le pays du Québec, État français(?), sa
Majesté la langue française, déchue,
mutilée et rognée se traîne comme langue seconde.
À qui la faute? J’en accuse le bilinguisme. Ce
bilinguisme que, contrairement aux anglais, nous avons voulu
respecter. Nul ne niera, d’ailleurs, que nous en faisons les
frais. L’échine courbée, nous jouons aux
bicéphales, oubliant cette vérité: la formation
de l’esprit humain exige une seule langue. Le souci du
bilinguisme s’est ancré dans nos moeurs et nous a
coupé l’appétit du français. Nos rues, nos
routes, nos gouvernements, nos boutiques, nos industries, nos
universités sont autant de terrains d’où germe le
mauvais grain, le bilinguisme.
Il faudrait être aveugle pour nier que le bilinguisme
enlève toute nécessité d’apprendre le
français. Que le bilinguisme nous a sacré
nègre-blanc. Que le bilinguisme nous a
«joualisé». Que ceux qui se portent trop souvent
à la défense du bilinguisme lisent bien ces quelques
mots d’Albert Lévesque:
«Dans un pays où grandissent deux communautés
linguistes, la vraie formule d’assimilation est celle qui
favorise l’amitié, la fraternité, entre les deux
groupes. Dans ce dessein, le bilinguisme
généralisé, qui peut favoriser les
fréquentations familiales et les mariages mixtes est la
formule toute désignée. Le bilinguisme
généralisé est la phase naturelle de transition
vers le règne de l’unilinguisme, vers le règne du
langage vraiment supérieur».
Par respect pour la minorité (nous ne semblons pas avoir le
respect de la majorité), nous avons implanté le
bilinguisme généralisé dans le Québec.
Nous courons à notre perte. Que faut-il faire?
Il faut s’attaquer à la cause de nos maux, le
bilinguisme. La «refrancisation» de façade
n’atteindra jamais son but. C’est une minable solution
à un grave problème. C’est dans l’unilinguisme
et dans l’unilinguisme seul que réside la solution
à nos problèmes linguistiques.