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HISTORIQUE













 


L'outrageux bilinguisme
Tony LeSauteur
Janvier 1962


Mistral disait: «Qui tient la langue tient la clef qui de ses chaînes le délivre». Notre langue à nous, elle s’effrite, se lézarde, se métisse, nous sommes à la perdre. Est-ce à dire que nous sommes condamnés à la servitude éternelle? La question est de taille, mais vous admettrez avec moi qu’il faudrait une forte dose d’optimisme pour y répondre dans la négative absolue. Plus réaliste qui admettrait que dans le pays du Québec, État français(?), sa Majesté la langue française, déchue, mutilée et rognée se traîne comme langue seconde.

À qui la faute? J’en accuse le bilinguisme. Ce bilinguisme que, contrairement aux anglais, nous avons voulu respecter. Nul ne niera, d’ailleurs, que nous en faisons les frais. L’échine courbée, nous jouons aux bicéphales, oubliant cette vérité: la formation de l’esprit humain exige une seule langue. Le souci du bilinguisme s’est ancré dans nos moeurs et nous a coupé l’appétit du français. Nos rues, nos routes, nos gouvernements, nos boutiques, nos industries, nos universités sont autant de terrains d’où germe le mauvais grain, le bilinguisme.

Il faudrait être aveugle pour nier que le bilinguisme enlève toute nécessité d’apprendre le français. Que le bilinguisme nous a sacré nègre-blanc. Que le bilinguisme nous a «joualisé». Que ceux qui se portent trop souvent à la défense du bilinguisme lisent bien ces quelques mots d’Albert Lévesque:

«Dans un pays où grandissent deux communautés linguistes, la vraie formule d’assimilation est celle qui favorise l’amitié, la fraternité, entre les deux groupes. Dans ce dessein, le bilinguisme généralisé, qui peut favoriser les fréquentations familiales et les mariages mixtes est la formule toute désignée. Le bilinguisme généralisé est la phase naturelle de transition vers le règne de l’unilinguisme, vers le règne du langage vraiment supérieur».

 

Par respect pour la minorité (nous ne semblons pas avoir le respect de la majorité), nous avons implanté le bilinguisme généralisé dans le Québec. Nous courons à notre perte. Que faut-il faire?

Il faut s’attaquer à la cause de nos maux, le bilinguisme. La «refrancisation» de façade n’atteindra jamais son but. C’est une minable solution à un grave problème. C’est dans l’unilinguisme et dans l’unilinguisme seul que réside la solution à nos problèmes linguistiques.

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