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La grande majorité des Jèrriais établis au Québec était des anglicans. Voilà pourquoi les Canadiens français les ont toujours considérés comme des Anglais même si leur langue maternelle était le français. Il faut rappeler qu'à cette époque, la langue officielle à Jersey était le français. Tous les Jèrriais du Québec étaient donc passés par l'école française, chez eux, à Jersey. Mais dans la vie quotidienne, à Jersey comme au Québec, ils parlaient le jèrriais, un dialecte hérité des ancêtres Normands. Mieux encore, ils étaient trilingues, car l'influence de l'anglais se faisait déjà sentir à Jersey au début du XIXe siècle. Le fait que tous ces bons Jersiais parlaient français aurait dû être une bonne raison pour que les Canadiens français, toujours à la recherche d'immigrants de langue française, leur ouvrent toutes grandes les portes du Québec. Mais, à cause de leur religion, on s'est donné toutes sortes de raisons, pour les tenir à distance. Cela dit, j'ai fouillé le passé religieux des Jersiais, à Jersey, pour tenter de comprendre comment ils était passés de la religion catholique à la religion anglicane. Je n'ai pas eu à faire de grandes recherches: lors de son dernier voyage au Québec, durant les années 1960, George Francis Le Feuvre, célèbre écrivain jèrriais, qui s'était aussi posé la question, a voulu élucider le mystère. On trouve le fruit de ses recherches dans un livre qui publié en jèrriais et qui s'intitule: «Histouaithes et gens d'jèrri». Tous les renseignements qui suivent viennent donc des recherches de George Francis Le Feuvre. |
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En 1066, c'est l'église catholique romaine qui est l'église de la Normandie. Jersey fait alors partie du diocèse de *Coutanches et demeure rattaché à *Coutanches, même après que Guillaume le Conquérant, 7e Duc de Normandie, ait été couronné roi d'Angleterre. Jersey n'est pas annexé à ce royaume et continue de faire partie du vieux duché de Normandie. Les Jèrriais paient leurs impôts à Rouen. Cent cinquante ans plus tard, en 1204, Jean Sans Terre, 13e Duc de Normandie, roi d'Angleterre, perd la Normandie continentale. Jersey se trouve alors séparé de sa mère patrie. Et l'île se situe trop loin de l'Angleterre pour devenir un comté anglais. * Il s'agit en réalité de la ville de Coutances et du diocèse de Coutances, en Normandie. Le mot Coutanches, serait l'épellation jèrriaise. À Jersey, l'Assemblée de paroisse, présidée par un Connétable, est déjà établie. Les Centeniers sont responsables de la surveillance de 100 familles et les Vingteniers, de 20 familles. Le Bailli et les douze Jurés sont déjà en fonction. Plus tard, les États de Jersey seront établis avec le Bailli comme président, entouré des douze Jurés, des Connétables et des Recteurs des douze paroisses et, pendant plus de 700 ans, Jersey se gouvernera seul. En 1499, Henri VIII, roi d'Angleterre, obtient l'autorisation du pape Alexandre VI de transférer la juridiction de l'Église de Jersey au diocèse de Winchester en Angleterre. Mais, le projet ne se réalise pas et Jersey continue d'être rattaché au diocèse de *Coutanches, en Normandie. En 1534, Henri VIII se brouille avec le Pape Clément VII qui l'excommunie. Henri VIII se déclare chef de l'Église d'Angleterre: l'Église anglicane est née. Malgré ces événements, les catholiques Anglais continueront de fréquenter leurs églises pendant une trentaine d'années avant que ne s'installe officiellement la religion anglicane. Entretemps à Jersey, le calvinisme arrive de France, et le catholicisme disparaît de l'île. Autour de 1549, toutes les croix, autels, bénitiers, fonds baptismaux, statues, etc. sont sortis des églises et les bancs réarrangés pour accommoder les nouvelles pratiques religieuses. Dans les années qui suivirent, la persécution des Huguenots, en France, amène à Jersey des réfugiés qui viennent renforcer le clan des Calvinistes. En 1562, le calvinisme des Huguenots est bien établi en Jersey et, pour les prochains 300 ans, on ne parlera plus d'églises mais de «temples religieux». En 1620, par ordre de Jacques 1er, roi d'Angleterre, l'Église de Jersey est définitivement incorporée au diocèse de Winchester, et la liturgie anglicane traduite en français. On peut donc dire que les Jèrriais deviennent anglicans en 1620. À partir de 1783, les méthodistes Wesleyens convertissent un tas de monde à leur culte, et de nouvelles chapelles sont construites un peu partout dans l'île. Et, en 1803, les catholiques sont de nouveau accueillis à Jersey, quand la permission de se réfugier dans l'île est accordée par les royalistes de France au moment de la Révolution. Mais, l'Église anglicane demeure l'Église officielle de Jersey. Il ne faut donc pas s'étonner si les Jersiais de la Gaspésie étaient des anglicans, pour la plupart. Ce qui explique que, même s'ils étaient de langue française, les Canadiens français les considéraient comme des anglais! C'est le cas, encore aujourd'hui! Il ne faut pas non plus s'étonner du fait que le clergé canadien français les ait mal reçus. Il a toujours manifesté une grande hostilité envers les protestants, en particulier le protestantisme Jersiais. |
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