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Pour en savoir plus sur
les plantes aquatiques
Tony LeSauteur / Lucie McNeil

Sans plantes aquatiques, les lacs seraient de véritables déserts biologiques, guère mieux que des piscines. Maisil faut aussi comprendre qu’à mesure que les lacs vieillissent, les plantes aquatiques étendent tout naturellement leur territoire. C’est un phénomène naturel contre lequel nous ne pouvons rien. Mieux vaut s’y habituer! Par contre, elles peuvent se multiplier de façon anormale, lorsqu’il y a surfertilisation et réchauffement des eaux dus au déboisement des rives et de l’environnement du lac. Les pelouses, en particulier, sont à surveiller. Elles provoquent inévitablement la croissance excessive des plantes aquatiques.

Ce sont les interventions humaines qui provoquent la croissance excessive des plantes aquatiques. Pourquoi s’en prendre aux plantes alors que nous sommes souvent les premiers responsables de la situation?

Peut-on contrôler la croissance des plantes aquatiques?
Les plantes aquatiques font partie de la vie des lacs. Par ailleurs, dans un lac de villégiature, on peut ralentir leur croissance en évitant de déboiser inutilement l’encadrement forestier et les rives.

Les machines à faucarder sont-elles à recommander ?
Bien sûr que ces machines coupent les plantes aquatiques de façon efficace. Mais c’est un exercice inutile car elles repoussent, comme les plantes terrestres. Non seulement le faucardage n’arrive pas à contrôler les plantes aquatiques, mais il peut même produire l’effet contraire et les aider à se propager encore plus rapidement. Sans compter que ce procédé doit être répété annuellement et que cela peut même devenir une opération dispendieuse. Une expérience menée au Québec, au lac Roxton Pond, par le Groupe conseil en écologie du ministère des Richesses naturelles, s'est soldée par une faillite totale. Après trois années consécutives de faucardage écrit le Groupe conseil, nous observons qu'il y a peu de différence au niveau de la densité de la végétation, de la superficie qu'elle occupe et de la diversité des espèces. En effet, durant les travaux, les sédiments chargés d'éléments nutritifs sont inévitablement remis en suspension favorisant même la croissance excessive des plantes dont on voulait la disparition au départ. Le rapport du Groupe conseil souligne clairement un autre désavantage des opérations de faucardage: elles créent l'illusion que l'on peut sauver un lac sans faire les efforts nécessaires pour guérir le mal à sa source.

Et si on passait régulièrement le râteau?
Qu’on les arrache de façon artisanale à l’aide d’un râteau ou par de vastes et coûteuses opérations de faucardage, il n’y a pas de différence et les conséquences sont les mêmes. Les plantes aquatiques repoussent et tout est continuellement à recommencer. Pourquoi s’entêter?

Et si on utilisait des désherbants chimiques?
Les désherbants chimiques sont des substances toxiques. En les utilisant, on crée un nouveau et très sérieux problème de qualité des eaux. Les désherbants chimiques sont d’ailleurs interdits au Québec. N’y pensez plus!

Existe-t-il d'autres techniques pour le contrôle des plantes aquatiques?
Des expériences ont été menées pour détruire les plantes aquatiques par le gel. Le niveau du lac est abaissé, tard à l'automne, et les plantes aquatiques passent l'hiver à découvert. Le gel les endommage et l'été suivant, on est inévitablement déçu de constater que les plantes aquatiques sont toujours là. Car le gel ne change rien à la nature d’un lac. Lorsque les apports en éléments nutritifs dus à la pollution et au déboisement de l'encadrement forestier et des rives demeurent inchangées (c‘est généralement le cas), la nature reprend vite ses droits. Les plantes repoussent ! Il s'agit donc d’un technique aussi inefficace que les autres. Ajoutons que c’est une très mauvaise habitude de toute façon que d’abaisser régulièrement le niveau d’un lac.

Si l'on corrige à la source, les plantes vont-elles disparaître?
Non! Bien sûr qu'il est difficile d’accepter que les plantes aquatiques sont là pour rester et qu’il soit impossible de les éliminer et que tout ce que nous pouvons faire, c’est ralentir leur croissance. Iln'existe aucun moyen d'effectuer un retour en arrière et de rajeunir un lac. Pas plus que nous ne pouvons rajeunir! Mais les corrections à la source n'en sont pas moins très importantes puisqu'il s'agit du seul moyen vraiment efficace de ralentir le taux de croissance dû aux activités humaines. Il faut donc apprendre à faire la différence entre la croissance naturelle des plantes aquatiques et la croissance excessive due à nos mauvaises habitudes si on veut s’attaquer efficacement aux plantes aquatiques. Il faut cesser de considérer la croissance naturelle des plantes aquatiques comme un fléau et cesser de vouloir faire des petites banlieues de nos lacs.

Les plantes aquatiques occupent-elles
des superficies d'égale importance dans tous les lacs?
Non! C’est dans les lacs les plus riches sur le plan biologique, c'est-à-dire les moins profonds, et dans les lacs aux fonds vaseux que l’on trouve habituellement les plus grandes étendues de plantes aquatiques. Les lacs aux eaux profondes et au fond rocailleux ou sableux ne favorisent pas (ou très peu) la croissance des plantes aquatiques.

La revanche des plantes aquatiques
Imaginer un instant qu’il n’y a plus de plantes aquatiques dans votre lac. N’allez pas croire que c’est la fin de vos soucis. Bien au contraire ! S’enclenche alors toute une série de réactions qui apporteront des modifications profondes à votre lac. Il y a une vérité à laquelle on n’échappe pas en bordure d’un lac. L’interrelation. Tout se tient ! Les lacs ont horreur qu’on change leurs habitudes et ils peuvent facilement se venger de ceux qui ont eu la témérité de tenter de leur imposer un mode de vie artificiel qui ne leur convient pas !

Plus d’abris. Sans plantes aquatiques, il n’y aurait plus d’abris pour la vie animale, plus particulièrement les poissons, qui perdrait ainsi leur refuge contre le soleil, les prédateurs et les forts courants. Pour les jeunes alevins, c’est une question de vie ou de mort. Pour certaines espèces de poissons comme le brochet, ce sont les frayères qui risquent de disparaître. Plus de reproduction, plus de poissons, plus de pêche! Pensez-y!

Adieu aux rives. Sans plantes aquatiques, ce sont les rives de votre lac qui écopent de l’action dévastatrice des vagues. C'est l‘érosion qui s'installe à demeure en bordure du lac. Même les arbres sont appelés à disparaître! Privées de l’ombre des arbres, les eaux se réchauffent, les poissons fuient! Et les rives sans arbres sont vulnérables aux glissements de terrain. Pensezy !

Adieu à la vie. Sans plantes aquatiques, c’est tout le garde-manger des poissons, des oiseaux, des insectes et d’une multitude d’organismes vivant qui disparaît. Et ce sont les réserves d’oxygène qui risquent aussi de disparaître. Pensez-y!

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