Défait aux
élections de 1962, Marcel Chaput n'en reste pas moins fidèle à
son idée et, en réponse à de
fortes et nombreuses pressions au sein et en dehors du RIN, décide
de fonder son propre parti, le Parti républicain du
Québec.
En décembre, Chaput passe quelques jours
chez moi, à Trois-Rivières, pour discuter du RIN
Mauricie, qui représente à ce moment-là, près de la moitié de toutes les forces du RIN au
Québec. Nous nous engageons à
le suivre sans aucune hésitation! La scission est
consacrée. Le RIN Mauricie est mort. Vive le Parti
républicain du Québec!
Le grand bond
Quelques mois plus tard, en
1963, je quitte la CIP pour devenir secrétaire national à temps plein
du
Parti républicain du Québec. Je laisse mon emploi par
souci d'intégrité, mais je pars en gardant un
excellent souvenir de la CIP. Les dirigeants m’ont toujours
traité avec respect. Mais quelque chose de plus fort m'attire; je veux jouer un rôle actif
dans l’avenir du Québec.
Je peux maintenant militer
librement pour la cause de
l’indépendance du Québec. J’ai 34 ans, la foi
du charbonnier et je suis prêt pour un long et dur combat! Comme le
PRQ vient tout juste d'ouvrir un bureau à Québec, je
m’installe au Palais Montcalm, pour prendre charge du secrétariat,
tandis
que Marcel Chaput loge au 4270, rue Papineau, à
Montréal, en face du Centre Immaculée-Conception.
Le nerf de la guerre
Dès l’ouverture des
bureaux du Parti, je suis confronté au grave problème
du financement. Malgré les cotisations qui entrent
quotidiennement et l’aide que nous recevons des quelques hommes
d’affaires Canadiens français qui osent s’afficher
indépendantistes, nous sommes dans un cercle vicieux. Le
financement de la cause prend tout notre temps et canalise toutes nos
énergies. Nous sommes en pleine crise financière! Il
faut dire que l’apparition du FLQ ne nous aide pas. Les
indépendantistes étant alors tous perçus, à tort, comme des
felquistes, les sources de financement se tarissent rapidement.
Grèves de la faim
Conscient du problème,
Marcel Chaput opte pour une stratégie et décide de
la mettre en action. Il amorce une grève de la faim même s'il sait très
bien qu'il ne sera jamais vraiment
cautionné par ses compagnons de combat. Il va devoir
imposer sa décision, envers et contre tous.
Pour m’annoncer la
nouvelle, il me convoque à son bureau de Montréal, un
lundi matin, avec quelques autres fidèles. Il est 8 h 30 quand
nous apprenons qu’il n’a pas mangé depuis la veille
et qu’il vient d’amorcer une grève de la faim.
Marcel Chaput est un non violent! Une grève de la faim pour
lui, c’est une façon non violente de forcer les Canadiens
français à réfléchir et à
s’engager concrètement dans le financement de la cause de
l’indépendance. Au même moment, c’est par des
vols de banque à la mitraillette que les membres du FLQ
assurent leur financement.
Sur le coup, je n’ai pas
de réaction négative à la grève de la
faim. Bien au contraire, je salue le courage et la
détermination de Marcel Chaput. Je comprends très bien
que pour réaliser l’indépendance du Québec,
il faut prendre des moyens extraordinaires. Dès l’annonce
de la grève de la faim, je ferme mon bureau à
Québec pour venir rejoindre Marcel à Montréal
pendant que ma famille s'installe à Boucherville.
Mais la grève de Marcel
Chaput est loin de faire l’unanimité. Tout le monde se
sent bousculé. Malgré les tiraillements, les collectes
s’organisent un peu partout au Québec et l’argent
rentre. Pour moi, c’est une expérience inoubliable. On
n’est pas tous les jours appelé à vivre avec un
homme qui s’impose un tel sacrifice et qui dépérit
à vue d’oeil. Je réalise que Marcel Chaput est
prêt à tout pour l'indépendance du
Québec.
Durant la grève j’ai vu des enfants,
accompagnés de leur mère, vider leurs petits cochons
sur le bureau de Marcel Chaput pour lui offrir leurs sous et des
chauffeurs de taxis faire un court arrêt lorsqu’ils
circulaient en face du 4270 Papineau pour laisser quelques dollars
collectés de leurs clients. Et un jour, arrive une bonne
mère de famille qui demande à Marcel Chaput de bien
vouloir bénir sa petite fille! C’est dire l’image
que projette l’homme.
Mais il n’y a pas que de
l’argent qui entre. Le courrier nous apporte aussi
quotidiennement des lettres de haine, de mépris et d'injures.
C’est le lot des pionniers! Cette grève me permet de
découvrir qu’il ne faut rien attendre de notre
élite nationaliste. Même les médecins, que je
consulte à l’occasion pour suivre l’état de
santé de Marcel, insistent pour demeurer dans l’anonymat!
Malgré les difficultés, l’objectif est atteint. La
caisse est renflouée. Quelques mois plus tard, la caisse est de nouveau à sec et Marcel Chaput se lance dans
une deuxième grève de la faim. Cette dernière
tentative de financement pacifique scelle le sort du Parti
républicain du Québec. C’est la débandade
et je me retrouve dans la rue avec Marcel Chaput, sans argent et sans travail.
Le Front républicain pour l'indépendance
En rendant l'âme, le Parti
républicain donne naissance au Front républicain pour
l’indépendance (FRI). Avec
ce mouvement, nous allions pouvoir reprendre le
combat sous une autre étiquette et éviter
l’éparpillement des troupes. Je me retrouve donc de
nouveau dans l’action au quartier général du Front
républicain pour l’indépendance, sur la rue
de Brébeuf, à Montréal. Et c’est là que
je mène mon dernier combat pour l’indépendance du Québec!
Aujourd'hui, je m'étonne toujours de lire ce que les historiens
écrivent sur le FRI. Dans FLQ
Histoire d'un mouvement clandestin (Lanctôt
Éditeur), Louis Fournier m'apprend que le FRI était «une
sorte de mouvement socialiste populiste qui avait des affinités
avec le péronisme d'Argentine». Mieux encore, le FRI
était «un curieux amalgame d'éléments de
gauche liés à Parti Pris et à l’ex-Action
socialiste pour l’indépendance de Raoul Roy, et de
nationalistes de droite issus du Parti républicain de Chaput,
voir de l’ex-Alliance laurentienne de Raymond Barbeau». En vérité,
le FRI n'était rien d'autre qu'un regroupement de patriotes
indépendantistes Canadiens français à l'état pur, issus
du Parti Républicain
du Québec.
Suivent quelques images d'époque du
Parti Républicain du Québec

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