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Saviez-vous que l’invention de la fosse septique ne remonte qu’à la fin du XIXe siècle?
À ce moment-là, la disposition des matières fécales pose de très sérieux problèmes d'hygiène. À la campagne, on se débrouille assez bien. L'espace ne manque pas et les paysans ont depuis longtemps découvert qu'un simple trou creusé dans la terre (un puisard) est la façon la plus simple, la plus pratique, la moins coûteuse et la plus hygiénique de se débarrasser des excréments.
Mais dans les villes, c'est une toute autre histoire! On utilise encore des latrines où s’accumulent des tonnes de «solides» et où, on s'en doute un peu, les odeurs sont carrément repoussantes. Les citadins fuient ces latrines comme la peste, préférant se soulager à ciel ouvert, dans un «p'tit coin sombre», mais bien aéré. C'est l'époque des odeurs pestilentielles.
Les plus fortunés, eux, se paient les services d'un pauvre bougre qui vidange et nettoie régulièrement leurs latrines. Ce travail se fait «à la p'tite pelle», bien sûr. C'est le seul moyen de tout nettoyer et de rendre ces endroits plus accueillants. Les nobles excréments sont ensuite transportés tant bien que mal à la sortie de la ville, à l'aide d'une dégoulinante charrette.
L’invention du siècle
En 1881, à Vesoul, en France, un dénommé Jean-Louis Mouras dépose une demande de brevet pour «une vidangeuse automatique et inodore». Mouras a observé qu'une partie des matières fécales passe de l'état solide à l'état liquide lorsque les eaux d'évier et des cabinets d'aisances séjournent pendant un certain temps dans un contenant hermétique. Mouras vient de découvrir que les microbes «anaérobies» (qui vivent sans oxygène), arrivent à liquéfier les matières fécales
dans un milieu septique.
Toute une découverte! Il vient de découvrir la fosse septique. En effetdans les fosses à l'air libre et bien oxygénées des bécosses,les matières fécales demeurent à l'état solide.
La trouvaille de Mouras, c’est d'avoir compris qu'en harnachant les microbes anaérobies, la vidange des fosses septiques deviendra plus simple, les déchets étant liquéfiés. À l'époque, il n'était pas question d'épurer les eaux d'égout. On se contentait de s'en débarrasser.
La vidangeuse automatique
À partir de cette observation, et pour faciliter le travail des microbes liquéfiants, Mouras a l'idée de construire une fosse hermétique munie d'un tuyau de chute qui achemine les eaux des éviers et des cabinets d'aisances directement sous le niveau du liquide, à l'abri de l'air.
Il ne lui reste plus qu'à ajouter un tuyau de trop-plein à la sortie pour que le liquide s'évacue automatiquement vers un ruisseau ou la canalisation la plus proche. De là le nom de son invention: la vidangeuse automatique.
Il est amusant de souligner que pour une raison bien pratique et contrairement à ce qui se fait aujourd'hui, les eaux de pluies sont, à cette époque, parfois canalisées vers les fosses qui se purgent ainsi automatiquement! Personne ne s'en plaint.
Un presbytère transformé en banc d’essai
Jean-Louis Mouras peut se compter chanceux. C’est grâce à un abbé, le curé Moigno, si sa découverte fait le tour du monde. Sans ce curé, nous en serions peut-être encore aux latrines aujourd'hui. Ce bon vieux curé s'avère être le plus ardent disciple de Mouras, en plus d’être un excellent chercheur et propagandiste.
Naturellement curieux et tourné vers la science, comme bien des hommes de religion de l'époque, le curé Moigno est intrigué par la découverte de Mouras et décide de construire un prototype dans son presbytère afin de pouvoir observer, au jour le jour, à travers une vitre, ce qui se passe à l'intérieur. C'est son aquarium… son banc d’essai!
Ses observations attirent l'intérêt du milieu scientifique et du monde ordinaire. Et pour cause! Essayons un instant d'imaginer ce que peut être la réaction des pauvres pénitents qui, mettant les pieds au presbytère, découvrent que leur curé passe, sans sourciller, des matières spirituelles aux matières fécales.
Mais laissons l'abbé Moigno nous décrire son expérience:
«On jeta dans l'aquarium, avec les matières fécales, environ dix litres tant d'urine que d'eau de savon et de vaisselle, pour les placer à peu près dans les conditions des grandes fosses. Introduites le 29 août, les déjections solides étaient complètement liquéfiées le 16 septembre à l'exception des matières non digérées par l'estomac, les pépins et les peaux de raisin, les concrétions pierreuses des poires, etc.».
[Référence: Les fosses septiques, A. Builder]
Pour l'abbé Moigno, c'est un miracle, et il prédit déjà que Jean-Louis Mouras, un jour, prendra place «parmi les bienfaiteurs de l'humanité»! Rien de moins!
La fosse septique est baptisée en Angleterre
La fosse Mouras est en fait une fosse «septique». Mais cette expression n'existe pas encore en France. Nous devons l’appellation fosse septique à un gentleman inventeur britannique, Donald Cameron, qui obtient un brevet pour sa fosse, en 1897, 16 ans après Mouras et sous l’appellation bien britannique de «septic tank». La fosse septique est née.
La fosse Mouras ouvre la porte à la recherche
La fosse Mouras est assez primitive. Lorsque les eaux d'évier et des cabinets d'aisances arrivent dans la fosse, le contenu en est fortement agité et l'efficacité de la fosse considérablement réduite.
Commence alors une fructueuse époque de recherches, d'essais et de perfectionnements qui transforment littéralement la fosse Mouras pour répondre aux exigences des microbes. Les nombreux inventeurs et chercheurs en font une fosse performante et efficace qui tire le maximum de l’action des microbes.
Plusieurs fosses voient le jour durant les années qui suivent. Mentionnons les fosses Pagliani-Rastelli, Devrez, Bezault, Oclair, Fasny, Whitfield, Thellesme-Leduque, Euréka et la Californienne.
De toutes ces fosses, seule la Californienne réussit à s'implanter avec succès. La plupart des fosses septiques que l'on trouve aujourd'hui sur le marché, partout dans le monde, sont du type californien.
La Californienne
Développée en Californie, dès 1918, cette fosse fait un tabac dans le comté de Napa. Avec ses deux compartiments, la Californienne apporte de profonds changements dans la construction de la fosse septique.
Les eaux usées passent par un premier compartiment avant de déborder dans un deuxième dont le rôle est de diminuer les remous, de favoriser la sédimentation et d’optimiser l'action des microbes avant la sortie.
Cette découverte double littéralement l'efficacité des fosses septiques en usage.
De la liquéfaction à l'épuration
L'histoire ne s'arrête pas là. En transformant les matières fécales en liquide, la fosse Mouras apporte certes une solution efficace aux problèmes d'hygiène que pose la vidange manuelle des latrines, mais, comme il arrive souvent dans le cas de nouvelles découvertes, la solution proposée crée de nouveaux problèmes, pires que ceux que l'on pensait avoir réglés.
Plus question, bien sûr, de faire des vidanges à la pelle. Comment alors va-t-on se débarrasser des liquides contaminés et nauséabonds que les «vidangeuses automatiques» déversent dans toutes les directions à la fois.
On se rend alors à l'évidence que l'on ne peut pas se contenter de liquéfier les matières fécales avant de s'en débarrasser, il faut épurer le liquide produit.
Les premiers éléments épurateurs voient le jour
Grâce à Mouras, on comprend maintenant que le traitement des matières fécales et des eaux d'évier est une affaire de microbes. Il suffit de leur donner des conditions de vie acceptables pour qu'ils se mettent au travail.
On fait appel ensuite à d'autres microbes qui, contrairement aux microbes des fosses septiques, ont besoin d'oxygène pour vivre et se développer. Ce sont les aérobies qui, aujourd'hui encore, épurent les eaux de nos fosses septiques dans des éléments épurateurs. C'est l'installation septique.
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