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Rita et Sophie emménagent
en bordure d'un lac
Anne LeSauteur

Pour mieux faire comprendre la vraie nature de nos lacs et éviter des erreurs qui pourraient mettre leur survie en péril, laissez-moi vous raconter l'histoire de Rita. Assoiffée d'air pur et de verdure et dégoûtée de l'asphalte et du bruit infernal de la ville, elle s'achète un terrain sur le bord du lac Vert. Pour son grand malheur, elle commet erreur sur erreur jusqu'à ce qu'un jour, sa copine Sophie lui fasse comprendre qu'elle ne peut pas faire ce qu'elle veut en bordure d'un lac, sans provoquer toutes sortes de réactions inattendues!

Dès la première rencontre, Rita est tombée amoureuse de son lac. C'était merveilleux et si reposant. Aussi a-t-elle décidé de construire son chalet le plus près possible du bord de l'eau, afin de ne rien perdre de ce si beau paysage. Elle se met donc à couper les arbres. D'abord ceux du bord de l'eau qui lui cachent la vue puis les arbres situés à l'endroit où elle prévoit bâtir. Elle déboise même un peu plus afin, se dit-elle,d'être ennuyée le moins possible par les moustiques. Une fois son chalet construit, le gazon posé et quelques arbres ornementaux plantés, elle fait venir un «voyage de sable» pour se faire une belle plage. Elle asperge régulièrement son terrain d'insecticides et d'herbicides afin de détruire les mauvaises herbes et les insectes qui s'attaquent à ses plantations.

Le désastre

Un jour, elle remarque que le sol s'affaisse près du bord de l'eau. Elle entreprend immédiatement de construire un mur de soutènement pour éviter l'effritement de son terrain. Elle en profite pour se construire un quai de béton sur le lit même du lac! Rita est bien chez elle! Mais quelques années plus tard, son lac n'est plus ce qu'il était. Avec la venue de nombreux autres citadins, le calme a disparu. Des chalets et des routes d'accès ont remplacé la forêt et la verdure. Le lac ressemble de plus en plus à une banlieue. Pire: l'eau du lac a changé. Elle est trouble et moins attrayante qu'autrefois. La truite a disparu. Devant le chalet de Rita, il pousse de plus en plus de plantes aquatiques qui étendent leur territoire, année après année. Une vraie épidémie. Et chaque année, Rita se voit dans l'obligation de refaire sa plage. Le dernier hiver s'est avéré particulièrement rigoureux. Les glaces se sont enfoncées suffisamment loin sur son terrain pour abîmer son chalet. Sans compter le mur de soutènement qu'il lui faudra refaire entièrement, ainsi que le quai en béton! Rita ne profite pas de sa petite propriété sur le bord du lac autant qu'elle l'aurait espéré. D'autant plus que ce petit havre devient de plus en plus dispendieux. Rita se sent de moins en moins bien chez elle! Mais il y a sa copine Sophie qui s'est installée sur un lac voisin, juste avant elle.

À l'école de Sophie

Contrairement à la majorité des autres villégiateurs, Sophie a construit son chalet en coupant le strict minimum d'arbres. Juste ce qu'il fallait pour bâtir sa demeure estivale. Pas de pelouse. Pas d'arbres ornementaux. De plus, elle a gardé son bord de l'eau intact: pas de belle plage de sable, pas de mur de soutènement, tout juste un sentier pour se rendre jusqu'à l'eau. Un jour, en visite chez Sophie, Rita ne peut pas manquer de remarquer que, n'ayant pas de plage à refaire, de mur de soutènement à consolider, de pelouse à couper et à entretenir, Sophie profite davantage de son chalet et de ses vacances. De plus, Sophie peut encore se baigner, car très peu de plantes aquatiques envahissent son lac.

Rita rencontre Sophie
Après quelques échanges de politesse, Rita se décide à entrer dans le vif du sujet. «Je n'y comprends rien. Voilà cinq ans, aucune plante aquatique ne poussait près de la rive, en face de mon chalet. Maintenant je suis littéralement envahie. Pourtant, tu ne sembles pas avoir ce problème».
- «C'est très simple», répond Sophie, «j'ai préservé tout le couvert végétal de la rive. J'ai ainsi empêché l'érosion excessive du sol par les eaux de pluie et les crues du printemps».
- «Pourtant», reprend Rita, «j'avais construit un mur de soutènement pour éviter justement que le sol ne glisse à l'eau»!
- «Oui, mais comme tu l'as constaté cette année, ton mur de soutènement n'a pas résisté à la force des glaces. Par contre, une végétation riveraine, constituée d'arbres et d'arbustes, aurait pu contrer cette force». «En plus, même si ton mur de soutènement avait tenu bon, ça n'aurait pas empêcher le sol d'être lessivé par les eaux de ruissellement. Tous les minéraux du sol, et surtout les fertilisants, herbicides et pesticides dissous dans les eaux de pluie et d'arrosage, s'écoulent vers le lac malgré le mur de soutènement. Elles entraînent même les particules fines qui finissent par couvrir le fond d'une couche de boue encore plus propice à la pousse des plantes aquatiques». «Friandes de tout ce qui s'appelle minéraux ou fertilisants, les plantes aquatiques s'en donnent à coeur joie et prolifèrent gaiement; surtout si elles se trouvent dans un milieu fermé où l'eau circule peu et où la température ambiante est relativement élevée. Un quai en béton, par exemple, en empêchant toute circulation d'eau, crée, de chaque côté, des petites baies très favorables à la sédimentation et à la croissance des plantes aquatiques. Et le phénomène se répète pour les remblayages de terrains».
- «Mais il pleut chez toi autant que chez moi», reprend Rita. «Le sol de ton terrain devrait lui aussi être lessivé et les plantes aquatiques devraient pousser ici autant que chez moi».
- «Non», réplique Sophie, «parce que les arbres, les plantes et toute la végétation riveraine empêchent ce lessivage en retenant le sol et tout ce qu'il contient».
- «Mais la plupart des gens du lac ont fait comme moi!», s'exclame Rita.
- «C'est ce qu'il y a de plus grave», répond Sophie, «le déboisement excessif autour d'un lac, en plus d'entraîner le lessivage massif du sol riverain, expose aussi les eaux de ruissellement et la rive à l'action directe du soleil». «Cette action combinée de lessivage et de réchauffement des eaux accroît considérablement la prolifération des plantes aquatiques, tout en réduisant sensiblement la quantité d'oxygène dissous dans l'eau. Résultat: les truites ont disparu et les plantes aquatiques risquent de faire mourir le lac prématurément en l'étouffant petit à petit». Rita est très inquiète. Sans le savoir, elle et plusieurs autres résidants font mourir leur lac à petit feu. Il faut corriger cette situation sans délai!

Nouveau départ
Rita décide de sauver son lac. Elle fonde l'Association pour la protection du lac Vert et fait appel à Tony Le Sauteur pour obtenir de la documentation et se faire conseiller. Désormais la voie est toute tracée pour que Rita se sente de nouveau bien chez elle et que le lac Vert respire de nouveau. Il l'aura échappé belle!

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