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HISTORIQUE













 

MON LAC!

Version originale
Mon lac aété publié pour la première fois au Québec en 1971 dans DOSSIER POLLUTION, au chapitre 11 intitulé La pollution et la campagne.
Publié aux Éditions du Jour, ce livre était signé
Marcel Chaput et Tony Le Sauteur.
Plus d'un million d'exemplaires ont déjà été distribués par la FAPEL

La majorité des hommes semblent dorénavant condamnés à devenir citadins à perpétuité. La société moderne doit donc être en mesure de leur offrir de fréquents séjours à la campagne. En réintégrant régulièrement la nature, l'homme pourra ainsi recharger de santé son organisme fatigué. Toutefois, avant d'en arriver là, les eaux de la campagne devront évidemment être assainies. À la campagne, la pollution n'est pas le seul mal fait à la nature. Arracher des arbrisseaux, tuer des animaux, abattre des arbres ou remblayer les baies d'un lac sont autant de gestes, isolés et bénins en apparence, qui contribuent, tout comme la pollution, à simplifier les écosystèmes, c'est-à-dire à rompre l'équilibre des milieux physiques et biologiques au sein desquels l'homme évolue. La seule épuration des eaux ne suffira donc pas à créer l'habitat convenable que la campagne doit offrir. Il faudra non seulement protéger les écosystèmes des régions campagnardes, il faudra, en certains endroits, les reconstituer.

S'insérer dans la nature
Mais s'il conçoit mal qu'il existe dans la nature, une interdépendance entre les êtres vivants, l'homme de la rue en tient quand même compte, d'instinct, au moment de se rendre à la campagne acheter un terrain. Que cherche-t-il ? Il cherche un endroit où trouver des eaux saines, des beautés naturelles et de la vie sauvage. S'il décide d'acheter, ce n'est donc pas un lot qu'il se procure, mais un espace dans un écosystème, un espace qui lui permettra de s'insérer dans la nature. Le malheur, c'est qu'immédiatement après avoir pris possession de son espace, il s'empresse, par ignorance plus que par mauvaise volonté, de construire son chalet à quelques pieds seulement de la ligne du rivage, afin d'être près de l'eau. Il se hâte d'abattre les arbres qui lui bouchent la vue, et pour faire propre, il court arracher tout ce qui s'appelle couvert végétal pour le remplacer par du gazon, comme à la ville. D'autres, comme lui, adoptent la même attitude et le massacre se répète d'un lot à l'autre pour finalement dénuder les rives de la nappe d'eau. Durant les premières années de colonisation du périmètre d'un lac, les arbres tombent, les bulldozers creusent le sol forestier, on remblaie les baies et les marais, on aménage des plages artificielles et le lac blessé mortellement cesse bientôt de vivre. Inconsciemment, les villégiateurs l'ont transformé en un vulgaire trou rempli d'eau et le paysage n'est plus que laideur et désolation. Les beautés sauvages ont fait place àla corde à linge de la voisine d'en face. Le bruit des hors-bord et des motoneiges, la musique rock de l'hôtel Du Lac ou du Roi de la Patate troublent la douce quiétude de la campagne. La microfaune et la végétation des rives ont fait place aux quais et aux remises à bateaux. Quant aux nombreux arbres qui soutenaient l'équilibre écologique du lac, de son rivage et de son cadre forestier, quelques épinettes anémiques les ont remplacés. La pollution, l'érosion, les algues et les herbiers aquatiques règnent en maître. Voilà le drame qui se joue sur tous les lacs présentement en voie de colonisation. Nous sommes en train de saccager systématiquement notre patrimoine!

L'hommequi fréquente la campagne doit connaître les rouages de l'environnement auquel il cherche à s'incorporer. Sans de telles connaissances précises sur l'équilibre précaire de la nature, sur l'interdépendance des plantes, des animaux, ainsi que sur ses propres liens avec l'eau d'un lac ou les arbres d'une forêt, il risque inconsciemment de détruire ce dernier refuge, cette dernière possibilité qui lui reste d'entrer régulièrement en contact avec cette nature régénératrice dont il a besoin plus que jamais.

Le lac, lieu de rencontre
 Même si la campagne offre à l'homme des milieux très variés, c'est le milieu lacustre qui attire particulièrement le citadin. Voilà pourquoi nous traitons surtout du lac, de sa rive et de son encadrement forestier. Par définition, le lac est une cuvette naturelle ou artificielle contenant de l'eau et ayant une vie propre. En réalité, le lac est beaucoup plus un réservoir de vie qu'une cuvette remplie d'eau. Le plancton, masse de minuscules animaux ou végétaux flottant dans l'eau et les myriades de micro-organismes constituent le premier chaînon de cette vie. Du plancton et des micro-organismes, la vie passe à des organismes supérieurs: larves, insectes et poissons. Ces derniers se nourrissent de plancton et d'organismes inférieurs avant d'être dévorés à leur tour par quelque autre animal. Dans un lac, les maillons de la chaîne d'interdépendance entre les plantes et les animaux, de même qu'entre les animaux eux-mêmes, sont inséparables. Dans Promenade en forêt, publié par l'Association canadienne des Producteurs de Pâtes et Papiers, M.G. Herbert Lash décrit le lac comme un lieu de rencontre en forêt. C'est là, ajoute-t-il, que l'orignal et le chevreuil échappent à la morsure des moustiques, que le vison s'alimente en moules, écrevisses et autres bestioles, que le raton laveur attend patiemment les poissons qu'il attrapera d'un coup de patte. Sa définition du lac vaut aussi pour les hommes. Tout aussi inséparables sont les maillons qui unissent l'homme et le lac. Le lac n'offre-t-il pas à l'homme un magnifique lieu de rencontre où il peut refaire ses réserves tout en échappant au stress de la ville. Il n'y a rien d'étonnant qu'aux mots vacances, plein air, soleil, détente et villégiature, on ait toujours associé le mot lac.

Grosso modo, le lac comporte deux zones: la zone profonde et la zone littorale. L'absence de flore caractérise surtout la zone profonde. Cette dernière n'existe que dans les grands lacs. Elle est peu productive sur le plan biologique et n'a donc que peu d'importance. La zone littorale, par contre, donne au lac ses caractéristiques particulières. Peu profonde, elle s'étend de la ligne du rivage à l'endroit où la végétation aquatique disparaît. Contrairement à la zone profonde, elle possède une faune et une flore très variées. La flore varie selon la profondeur et parfois on peut observer, sur le littoral, une zonation de la végétation. Les plantes possédant des caractéristiques semblables sont réparties en ceintures autour du lac. Près de la rive, ce sont les scirpes, les quenouilles, les sagittaires et certaines espèces de laîches. C'est la zone des plantes émergentes. Viennent ensuite les nénuphars, les lis d'eau et certaines variétés de potamots. C'est la zone des plantes caractérisées par leurs feuilles flottantes. En eau plus profonde, on trouve les myriophylles, les valisnéries, plusieurs potamots, et finalement, les charagnes qui tapissent le fond. C'est la zone des plantes submergées qui s'étend parfois jusqu'à une profondeur de quinze à vingt pieds.

La flore est essentielle à la vie d'un lac. Les plantes sont des producteurs de base: elles absorbent les substances dissoutes dans l'eau pour fabriquer de la matière organique qui sert de nourriture aux animaux, les consommateurs. Chez les animaux herbivores, la transmission des substances organiques synthétisées par les plantes se fait directement. Chez les carnivores, par contre, elle se fait indirectement puisque ceux-ci n'arrivent à absorber les plantes qu'en consommant des animaux herbivores. Les plantes sont donc, pour une bonne part, transformées en poissons, dernier échelon aquatique de la chaîne alimentaire. Ces derniers meurent à leur tour et les décomposeurs, les bactéries, retournent à l'eau les substances minérales. Le cycle se trouve ainsi bouclé.

Les plantes protègent également la faune aquatique contre la lumière, la chaleur et les ennemis, tout en hébergeant une foule d'êtres microscopiques. Sur certaines, on peut trouver jusqu'à vingt-quatre espèces d'insectes différents. Sans les plantes, les poissons seraient donc privés d'une bonne partie de leur nourriture. Dans les eaux du littoral on trouve également une faune abondante groupant, notamment, du plancton animal, des insectes, des batraciens et des poissons. Sur le fond on trouve aussi de petits animaux. Ce sont les vers, certaines larves d'insectes, les mollusques et quelques sangsues. Le littoral héberge la plus grande partie des plantes et des animaux qui vivent dans un lac. La zone peu profonde entretient donc un écosystème. Si on perturbe l'équilibre de cet écosystème, on risque de mettre la vie même du lac en danger. Pour protéger les lacs, l'homme doit apprendre à respecter les zones du littoral!

    L'encadrement forestier
    Dès que l'on sort du lac, on touche le rivage avec sa végétation constituée en grande partie de graminées ou d'herbacées. Apparaissent ensuite, à mesure que l'on s'éloigne de la ligne du rivage, les arbrisseaux et les arbres: c'est l'encadrement forestier. La flore et la faune y sont très variées. Du lichen des roches aux mammifères, en passant par les plantes de toutes sortes, les organismes détritivores du sol, les insectes et les oiseaux, la vie terrestre et subterrestre se manifeste dans une interdépendance aussi inévitable et un équilibre aussi fragile que dans le milieu aquatique. Il existe même entre le lac et son encadrement forestier des liens indéniables. Ainsi les insectes, qui aident la forêt à refaire son humus, naissent souvent dans les eaux d'un lac. Certains oiseaux, à qui la forêt offre gîte et nourriture, freinent les populations de poissons, de grenouilles, de crapauds ou d'insectes aquatiques dont ils sont les prédateurs. Les arbres et les plantes régularisent le débit des lacs. Deux acres et demie de hêtres, par exemple, peuvent retenir jusqu'à 1 000 000 de gallons d'eau. Les arbres, encore une fois, empêchent le lessivage du sol par l'érosion, et protègent les lacs contre l'envasement et la surfertilisation par les éléments nutritifs de l'humus. Entre l'encadrement forestier, le rivage et le lac, il existe un échange continu qui lie ces éléments les uns aux autres. Pour protéger les lacs l'homme doit apprendre à protéger les rives et l'encadrement forestier!

    Le marais
    À cause de ses odeurs souvent désagréables, parce qu'il répugne à la vue et parce qu'il favorise l'éclosion d'une myriade de moustiques, le marais a toujours eu mauvaise réputation. On l'accuse fréquemment de propager les maladies. Il joue pourtant un rôle très important dans la nature. En régularisant le niveau des eaux souterraines, il normalise le niveau des lacs en leur évitant les changements brusques si néfastes à l'équilibre écologique. Le marais, en effet, agit comme une éponge. En période humide, il retient l'eau qu'il laisse, en période sèche, s'infiltrer à travers le soi pour rejoindre le lac. Refuge du gibier d'eau, des insectes, des batraciens, des serpents d'eau, etc., les marais sont extraordinairement productifs. Les terres humides sont tout aussi méconnues. Leur rôle est sensiblement le même que celui des marais. La destruction des marais et des terres humides, par le remblayage ou par le drainage, se traduit inévitablement par un appauvrissement marqué du milieu.

    La protection des marais et du littoral des lacs
    Le littoral est la partie la plus riche d'un lac. Saccager le littoral par du remblayage détruit les frayères, les herbiers et la faune. Des règlements sévères devraient rendre le remblayage difficile. Une telle réglementation paraît à première vue abusive, mais elle est un préalable nécessaire à la survie des zones de délassement. L'absence de tels règlements a profondément et peut-être définitivement marqué la campagne québécoise. Les habitués du Nord de Montréal, des Laurentides, de la Mauricie, des Cantons de l'Est, de la Gatineau ou de toute autre région du Québec où la colonisation des lacs fut faite au p'tit bonheur, constatent que les premiers gestes des marchands de terrains et des entrepreneurs-constructeurs furent invariablement les mêmes: déboiser leur domaine et l'étendre par le remblayage du littoral. Petit à petit, ils ont ainsi contribué à détruire d'une façon quasi permanente notre patrimoine qui n'offrait semble-t-il qu'une seule qualité à leurs yeux: celle de pouvoir rapidement les enrichir. Le saccage de la campagne québécoise s'est fait - et se fait encore sous les yeux complices ou inconscients des conseils de villes, de villages, de paroisses et de cantons. Dans de tels cas, non seulement les autorités municipales se gardent-elles en général d'intervenir; elles louent, bien au contraire, les efforts des entrepeneurs colonisateurs qui mettent leur patelin sur la carte touristique du Québec en développant pour eux. Quelle ingéniosité! Des lacs que les assoiffés de paix et de nature s'empresseront de peupler de la même façon qu'ils ont peuplé leur ville. Ainsi l'on transporte, hors des villes, une conception urbaine de l'aménagement et on urbanise lentement la campagne québécoise.

    L'exemple prêchant, certains villégiateurs entrent à leur tour dans le jeu. Ils remblaient ou construisent un quai, une jetée, une remise à bateaux. Ils empiètent ainsi généreusement sur le littoral et ils oublient que chaque empiétement rogne, à sa façon, les aires de productivité des lacs et contribue dangereusement à détruire le fragile équilibre de la vie animale et végétale. À mesure que les variétés d'animaux et de plantes diminuent, le désert biologique s'installe et s'étend sur terre comme dans l'eau. On doit donc déclarer au plus tôt zones de conservation la presque totalité du littoral des lacs.

Le tableau de l'avenir des lacs est assez sombre. La guerre à la flore et à la faune a pris l'allure d'une véritable course à la désertification. Depuis 1966, de nombreuses associations se sont créées sur le périmètre des lacs au Québec, dans le but de lutter contre la pollution et de mettre un frein à la dégradation de la nature. Ces associations sont groupées au sein de la Fédération des associations pour la protection de l'environnement des lacs (FAPEL). La lutte pour la protection de l'environnement des lacs est bien engagée!

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