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Wallace Le Sauteur à la Côte!

Photo: Claude Le Sauteur
Né à Jersey: 1869 /Départ pour la Côte: 1883
Décès: Sillery, Québec, 1935
La Côte: la Gaspésie pour les Jèrriais.

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 Wallace Le Sauteur n'était pas le premier Jèrriais à se rendre à la Côte , loin de là, ni le dernier. Les Jersiais fréquentaient déjà la Côte de la Gaspésie au XVIe siècle, mais ce n'est qu'après le traité de Paris, en 1763, au moment où la France laissa tomber le Québec, que les Jersiais purent s'établir en toute liberté et en plus grand nombre sur les côtes de la Gaspésie. À partir de 1930, peu de Jersiais vinrent en Gaspésie. Ce fut pour ainsi dire, la fin de l'émigration jersiaise à la Côte. Nous savons peu de choses sur les circonstances précises entourant le départ de Wallace Le Sauteur, de Jersey, ou de son arrivée à Gaspé. Mais, il existe de nombreux documents historiques qui décrivent la vie de ces hommes courageux. Après en avoir consulté plusieurs, nous sommes arrivés à dresser un tableau de la petite histoire des Jersiais qui, comme Wallace Le Sauteur, quittèrent leur île pour s'installer au Tchubec (Québec).

À la Société de généalogie et d'archives de Rimouski (SGAR), on trouve, sur une chaise, une plaque à la mémoire de Wallace Le Sauteur et de son épouse, Appoline Réhel, originaire de Cap-D'Espoir.

Hommage à Wallace Le Sauteur

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The above illustration, by Geraint Jennings, Jersey,
was borrowed from the book The Sea was their Fortune.

Les Jersiais étaient des naviguants et des pêcheurs de morues (mothues). Quand ils quittaient Jersey, c'était pour se rendre à la Côte c'est-à-dire en Gaspésie, provînce dé Tchubec (Québec). Un grand nombre s'établissaient à la Côte de façon permanente. Tout Jersiais rêvait de faire fortune sur la côte de Gaspé. Le droit d'aînesse était aussi une des raisons de l'exode des jeunes Jersiais vers la Côte de Gaspé. Wallace Le Sauteur était effectivement le plus jeune d'une famille de 8 enfants. Il avait 14 ans au moment de son arrivée à Gaspé.

The most probable reasons for Wallace (and his brother Edouard) to leave Jersey for Gaspesia was the "disappearance of sail, that caused the practice to cease. When sail was replaced by steam, it became expensive to provide passage for the recruits and, in somes cases wives and families". Jersey had been the third largest ship-building port in the British Isles up to 1880. In addition, Jersey was suffering from the aftermath of the 1870 Franco-Prussian War, and times in the Channel Islands were hard indeed, thus causing or forcing a considerable migration from Jersey to Australia, New Zealand, Canada and a few to England.

On a une bonne idée de la fréquence des voyages des Jèrriais vièrs la Côte quand on sait qu'en 1869, au moment de la naissance de Wallace Le Sauteur, "the Canadian fishing stations of Gaspé and Pasbébiac were owned by a Jersey firm of Charles Robin and Co, who had a fleet of over 450 vessels that made regular trips between Jersey and Gaspé". Tous les magasins jersiais de la Gaspésie faisaient alors le commerce du poisson. La morue était séchée et expédiée outre-mer. "

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Des protestants au Tchubec!

Dans bien des cas, les Jèrriais qui se rendaient à la Côte revenaient à Jersey, après une période d'apprentissage de cinq ou six ans, habilys comme au Dînmanche. D'autres ne revenaient jamais, préférant se marier à des Cannadgiennes-Françaises et changi d'religion. Mais ils ne changeaient pas tous de religion. Leur seule obligation, en mariant une Canadienne française, était de s'engager à éduquer les enfants dans la religion catholique. C'est le cas de Wallace Le Sauteur, qui maria une jeune catholique Canadienne française de Mont-Louis, Appoline Réhel, tout en conservant sa foi anglicane. Les enfants ont été éduqués dans la foi catholique, bien sûr, sauf Béatrice et Ernest, qui ont été éduqués par leurs tantes, Clara et Marie Jane, propriétaires d'une école pour jeunes filles sur New Street, à Saint-Hélier, dans l'île de Jersey.

Certains Jersiais étaient bien tentés de jouer d'astuce pour contourner cette règle. Ainsi, Joseph Avoin/Avoine épouse, en 1813, Mlle G. Vézina, à l'église catholique et en 1816, la même femme à l'église presbytérienne de Québec. Né v'la eune drôle d'affaithe, est-che pon?

Mais il n'y avait pas que des protestants parmi les Jèrriais. On trouvait aussi quelques commerçants catholiques. Dans un Héritage Normand sur la côte de Gaspé, l'auteur, P. John P. Le Garignon, s.m., rappelle que certains Jersiais catholiques, dont les Le Boutillier, dans Gaspé-Nord, «ne se gênèrent pas pour exploiter à outrance le fait qu'ils étaient catholiques», pour soutenir le clergé alors en lutte contre le protestantisme jersiais et en tirer des avantages commerciaux.

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La langue jèrriaise
au Québec,
en 1840

En 1840, les Jersiais étaient tellement nombreux en Gaspésie, que leur langue, le Jèrriais, était parlée couramment de Rivière-au-Renard, près de Gaspé, jusqu'à Paspébiac, dans la baie des Chaleurs.

Dans son livre, JÈRRI JADIS, George F. Le Feuvre décrit bien la situation: "la langue Jèrriaise sé faîsit ouï pus qu'l'Angliais et l'Français tout l'tou d'sa côte dépis la Riviéthe ès R'nards au Nord jusqu'à Pasbédgria dans l'Sud".

Dans la «Revue d'Histoire et de traditions populaires de la Gaspésie /La présence Jersiaise en Gaspésie», P. John P. Le Garignon, s.m., nous apprend que les Jersiais participaient à deux cultures, l'anglaise et la française tout en étant fiers de conserver chu langage et cette identité nouormande tchi fait acouo l'ordgi d'Jèrri. Ils étaient trilingues. John LeGros, raconte, lui, que «le contrôle social exercé par les Robin, sur la côte de Gaspé, reposait aussi sur la langue jèrriaise». Un autre Jersiais, moussieu Le Gresley, dévoile, lors d'une entrevue, que «le personnel des magasins Robin et Le Grand employaient la langue jersiaise afin que les habitants, qu'ils soient français ou anglais, ne comprennent mot aux échanges entre les commis». «Ne fut-ce le déclin des compagnies jersiaises», ajoute-t-il, «le Jèrriais eût survécu».


NE L'OUBLIEZ PAS!
Nos ancêtres parlaient le jèrriais!
Et, pas si loin en arrière!

Dans mes contacts avec les Jersiais du Québec et d'ailleurs, j'ai découvert que la plupart ne réalisaient pas que leurs ancêtres établis au Québec, dans la péninsule de la Gaspésie, parlaient jèrriais, comme à Jersey. Récemment, un Québécois pure laine, à qui je parlais de l'importance de la présence jersiaise en Gaspésie, m'a fait une remarque qui en dit long sur la perception que les Québécois peuvent avoir, même encore aujourd'hui, des Jersiais qui ont peuplé le côtes gaspésiennes pendant près de quatre siècles: c'était des Anglais! Cette remarque m'a profondément choqué! En fait, j'ai réalisé que cette fausse impression était plus répandue que je ne le pensais puisque, de nos jours, la plupart des descendants des grandes familles jèrriaises de la côte de Gaspé s'étonnent d'apprendre que la langue de leurs ancêtres n'était pas l'anglais. Voilà pourquoi j'ai décidé de faire cette mise au point.


Les Jèrriais étaient des descendants de Normands et n'avaient jamais renoncé ni à leurs coutumes ni à leur langue. La langue officielle de Jersey, celle des documents légaux et la langue écrite, a toujours été le français! Mais le Jèrriais était la langue parlée. En 1840, au moment où le Jèrriais s'imposait comme langue dominante sur la côte de Gaspé, le français était la langue d'enseignement dans toutes les écoles de Jersey. Ce n'est qu'en 1912 que l'anglais fit son apparition dans les écoles de Jersey, au moment où l'école fut rendue obligatoire. La langue française a quand même continué d'être la langue officielle de Jersey, jusqu'en 1960.

Il ne fait aucun doute que mon grand-père, Wallace Le Sauteur, né en 1869, à Jersey, est de famille jèrriaise. En 1883, quand il arrive en Gaspésie, il parle jèrriais. En 1901, au moment du recensement du gouvernement du Canada, alors qu'il vit à Saint-François-Xavier-de-Batiscan, près de Trois-Rivières et parle sûrement anglais dans sa vie professionnelle, il déclare tout de même, que sa langue maternelle est le français, et c'est en français qu'il décrit sa profession: teneur de livres.

Arrivés en Gaspésie, en terre française, les Jèrriais ont pu établir une communauté jèrriaise forte et parler le jèrriais, comme à Jersey. Le seul endroit, en dehors l'Île, où la langue jèrriaise s'est imposée. Et quand, en 1964, George Le Feuvre fait un dernier pélerinage pour retracer le parcours des familles jersiaises, c'est souvent en jèrriais qu'il s'entretient encore avec les Jersiais nés à Jersey et qu'il retrouve en Gaspésie. Le jèrriais, la langue de nos ancêtres, était encore parlée, en Gaspésie, en 1964!

Tony Le Sauteur

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HOMMAGE À WALLACE LE SAUTEUR

Pour aider au financement de ses activités et travaux de recherche, la Société de généalogie et d'archives de Rimouski (SGAR) organisait une levée de fond, récemment. Les donateurs devaient contribuer au financement des chaises pour le bureau et la salle de conférence. En retour, le nom du premier arrivant de la famille serait  inscrit sur le dos de la chaise. Au nom de la famille Le Sauteur, j'ai donc financé une chaise qui porte les noms de Wallace Le Sauteur, premier arrivant, 1883, et de son épouse canadienne-française Appoline Réhel.